Journée "moyenne" dans une vie "moyenne". Comme un parfum d'ailleurs qui
revient. Un air lointain qui me dit "là bas"... C'est comme une envie d'ivresse de
nouveauté après un hiver rigoureux. C'est surement l'envie de printemps qui
pousse. Rien de sexuel là dedans, juste envie de faire "autre chose" ou différament
les mêmes choses. J'ai vieilli. Je n'ai pas peur de la vérité. Cela se voit comme le
nez au milieu de la figure, comme les mèches grises qui commencent à pointer sur
mes tempes. J'ai encore loin d'ici à mon hiver personnel, mais j'ai un monde à
connaître. Parfois j'ai envie d'arracher ces chaînes qui me retiennent ici. Péter en
deux ces nécessités qui me font suivre une voie lentement tracée à coups de
bulletins de salaire, de mini-projets, mini-défis, mini-miroir d'un possible ailleurs.
Je me dis aussi souvent qu'il n'est pas difficile de se laisser bercer dans une douce
torpeur quotidienne, au rythme lent d'une vie assujettie au grelot fielleux de ma
ma paie de cadre. Si j'en avais vraiment l'envie, je pourrais rester mille ans à metz
faire ce métier que je maîtrise à 99%. Même que j'arrive à prendre des congés
en ce moment, c'est dire si j'assure... Mais, l'appétit est là. Rien de boulimique,
rien d'irraisonné, rien de passionné, juste envie d'autre chose.
Changer donc, mais pour quoi ?
Chaque jour, je croise des vies, il y en a même certaines qui suivent une sorte
de parallèle à la mienne pendant un moment et qui bifurquent un jour.
Electron libre à la trajectoire incertaine dans son but, mais cohérente dans son
histoire je file vers le crépuscule. J'ignore encore où il se situe. Je suis même
passé assez près à deux reprises déjà, mais ça n'était pas le moment certainement.
Des vies, j'en croise pas mal. Certaines bifurquent et d'autres se terminent... Je
n'ai pas peur de vieillir, mais je ne veux pas laisser ce monde comme je l'ai trouvé.
Je ne voudrais pas que ma vie s'arrête avant qu'elle n'ai vraiment commencée.
Le commencement, c'est le plus difficile à trouver.
Je n'ai pas l'âme d'un militant, d'un activiste aussi, je n'ai jamais rien fait pour les
autres malgré eux. Je ne sais même pas si j'en ai réellement envie, je laisse les
autres venir à moi, parfois j'ai l'outrecuidance de les envoyer au diable vauvert.
Julie m'a dit un jour qu'avant de partir, il fallait savoir où on va. Cathy me soutient
la même chose... Ça doit être un principe féminin sûrement, cette nécessité de
connaître la destination avant de faire le chemin. Non, ce qui compte, c'est le chemin.
Je mets un malin plaisir à goûter ces moments du "chemin", quitte à le prolonger ou
terminer loin de l'objectif initial. Il m'est même arrivé de partir sans aucun but, pour
n'arriver nulle part, mais en étant satisfait de la route. Dans mes actions aussi, il
m'arrive de partir d'une idée ou d'une envie pour terminer par autre chose. Mais le
meilleur, c'est encore les voyages.
A la limite, peu importe ce à quoi ménera les actions que je peux entreprendre tant
que mon être se satisfait du moment présent. C'est un peu ma philosophie. Je n'ai
pas peur de vieillir, tant que je sais que je peux regarder autour de moi avec un regard
neuf, sans regrets pour le passé ou l'inachevé ou ce que certains appellent "les actes
manqués".
C'est peut-être pour cette raison que je suis aussi hargneux au travail. Cette nécessité
d'arriver à un but précis, dans un laps de temps donné, avec une méthode "rigoureuse"
(mais souvent adaptée) et des outils qui sont ce qu'ils sont et orchestrent ma journée de
travail. Je pratique l'humain depuis que j'ai quitté l'école. Rien de psychologique, rien de
bien clinique dans mes rapports avec les gens. Je tente de leur trouver des réponses,
parfois je perds un peu mon temps, ça n'est pas grave. Je crois qu'aujourd'hui c'est ce
qui m'attire le plus dans mon métier, aider les autres.
Un commencement peut-être...
Je n'aime pas le rapport avec les clients. Marché de dupe, sourire commerçant, la dîme
qui tombe nécessairement avant de sortir du magasin. J'en ai rencontré de sympa, d'autres
franchement à exécuter sur le champ, qui ne mériteraient même pas le plomb pour les
abattre.
De toute façon, j'ai déjà fait le point, et l'ailleurs est sur les rails. C'est un peu comme
la fonte des glaces, c'est imperceptible, mais ça vient. Quand on trace une ligne, on voit la
différence, elle éclate soudain aux yeux. La mienne est située en Avril, c'est une bonne
période pour mesurer ce qui change.
Peu importe le but, seul le chemin compte.